Editions de Corlevour
97, rue Henri Barbusse 92110 CLICHY

Une leçon d’histoire à méditer

Dominique Avon, Les religions monothéistes des années 1880 aux années 2000, Ellipses, 2009

Ce livre n’a aucun équivalent. Ni en français, ni ailleurs. Dominique Avon nous propose en quelques 340 pages une synthèse de l’histoire des monothéismes (christianisme, islam, judaïsme et aussi leurs contemporains) de la fin du XIXe siècle à nos jours. La simple tentative vaut à elle seule le détour : en effet, dans les études du « fait religieux » la démarche est d’ordinaire cloisonnée, au mieux comparative, mais jamais diachronique. Le pari de Dominique Avon, professeur d’histoire contemporaine à l’Université du Mans, est de montrer qu’une histoire commune est possible, qu’elle montre les porosités entre les religions, des respirations parfois décalées, souvent au même rythme. Si le projet est ambitieux, sa réussite mérite des louanges. Car la synthèse impressionne par son érudition, la clarté d’exposition malgré la diversité des lieux et moments évoqués. Mais le projet réussit car une démarche est clairement mise en place : pas de téléologie, pas de prise de partie sur la sécularisation ou le retour du religieux, bref le souci constant d’une distance certes apodictique, mais nécessaire. De ce travail émerge une chronologie : des années 1880 aux années 1920, les monothéismes cherchent à renouer les solidarités en face des défis de la modernité politique, scientifique, du nationalisme ; on les trouve sur la brèche des « combats pour la liberté » des années 1920 aux années 1960, qu’il s’agisse de lutter contre les messianismes politiques ou de tirer leçon des mutations des institutions ou de la place de la femme ; enfin, la dernière partie voit des « rappels d’intégrité », renouveau intégraliste qui n’est pas exclusif ni général en face des transformations nées de l’individualisation des sociétés, du pluralisme religieux, des brassages culturels. Il est impossible de résumer ce livre foisonnant, de ceux auxquels on revient d’autant plus que l’auteur ne conclue pas les chapitres : le plan donne une indication (les titres sont à méditer…), une introduction à chaque partie ou chapitre place les repères, mais ensuite au lecteur de formuler ses conclusions. Tous les aspects de la vie religieuse, à des degrés divers bien sûr, sont envisagés, les débats d’idée comme les pratiques, les institutions comme les sociétés. Au final, on est frappé par le dynamisme de ces monothéismes, « l’expression plurielle » de leur foi : tous les schémas explicatifs généraux semblent incapables de saisir cette profusion de voix, ces identités recomposées, ce travail de la foi au creuset de l’évènement. Une belle leçon d’histoire, sans doute, mais aussi une belle matière à sagesse.

Franck DAMOUR

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