Editions de Corlevour
97, rue Henri Barbusse 92110 CLICHY

Revue NUNC n°28

22,00

Parution octobre 2012
Edition standard

Catégorie :

Description

Dossier consacré à Erri De LUCA
Avec des oeuvres de Marko VELK

Cette livraison de Nunc est dominée par un dossier consacré à l’écrivain italien Erri de Luca. Romancier, poète, traducteur et commentateur de la Bible, Erri de Luca est une figure majeure de la littérature européenne contemporaine. Le numéro compte aussi une traduction renouvelée, par Raoul de Varax, de grands poètes expressionnistes allemands, comme Gottfried Benn, Georg Trakl, Georg Heym, Else Lasker-Schüler et Ernst Stadler.

L’artiste invité est Marko VELK qui nous propose des dessins d’une densité rare.

Contributeurs

ASSAËL Jacqueline
BARSACQ Stéphane
BAUDE Jeanne-Marie
COLLET-HOBLINGRE Amélie
DAMOUR Franck
De LUCA Erri
DEVOLDER Eddy
GAILLARD Réginald
GUILLON Paul
MATTERN Jean
MICHEL Florian
MONTEL-HURLIN Élise
NYS-MAZURE Colette
SCHOLTUS Robert
SERRANO Gemma
VAJOU Claire
VARAX (de) Raoul
VALIN Danièle

SOMMAIRE

LIMINAIRE

Réginald GAILLARD, Deux pages vierges pour une prière du coeur – à l’occasion de la rentrée littéraire

SHEKHINA

Dossier Erri De LUCA (sous la direction de Franck Damour et Réginald Gaillard)

Un dossier sur un auteur majeur de la littérature européenne contemporaine, dont l’oeuvre mêle prose, récits bibliques, poésies, nourrie d’un dialogue avec les Écritures et porteuse d’une langue à part. Le dossier comprend un entretien avec Erri De Luca et des analyses variées de son oeuvre, faisant la belle part à son sens de l’incarnation et de la Parole.

Réginald Gaillard, Erri De Luca. L’ange qui se tient à l’écart
Erri De LUCA & Gemma SERRANO, Sans traces (Entretien)
Jean MATTERN, Lecture de l’insensé
Erri De LUCA, L’hôte impénitent (traduction de Danièle Valin)
Robert SCHOLTUS L’Évangile selon Erri
Jacqueline ASSAËL Connaître, « naître ensemble », Tu, mio. Les particularités de Tu, mio comme roman d’apprentissage
Eddy DEVOLDER Bribes de conversation avec Erri
Elise MONTEL-HURTIN Une Lecture des Écritures. Les narrations d’Erri De Luca
Jeanne-Marie BAUDE Erri De Luca : « Les mains crucifiés étaient calleuses » – Notes en lisant
Colette NYS-MAZURE Erri De Luca. Aller simple. Poèmes
Gemma SERRANO Topographie de l’écart

OIKOUMÉNÈ

Claire VAJOU L’alliage fabuleux, énigme d’alchimie homérique
Florian MICHEL Nation, race et genre : la canonisation de Kateri Tekakwitha
Amélie COLLET-HOBLINGRE Les larmes de saint Pierre
Stéphane BARSACQ Diabolus in musica
Pascal BOULANGER Aux commencements des douleurs (extraits)
Paul GUILLON En Égée

AXIS MUNDI

CAHIER « CINQ POÉTES EXPRESSIONNISTES ALLEMANDS » traduits et présentés par Raoul DE VARAX
Un cahier comprenant des traductions renouvelées de cinq auteurs majeurs de ce profond courant poétique allemand.

Raoul DE VARAX L’expressionnisme ou le second souffle de la poésie allemande moderne
Georg TRAKL Poèmes
Georg HEYM Poèmes
Gottfried BENN Poèmes
Else LASKER-SCHÜLER Poèmes
Ernst STADLER Poèmes

CAHIER CRITIQUE sur Pierre Le Coz, François Fédier, Jean-Baptiste Lully, José Bergamín, Philippe Sabres, RowanWilliams, Vincent Holzer.

LIMINAIRE

Deux pages vierges pour une prière du coeur – à l’occasion de la rentrée littéraire

(in memoriam John Cage)

par Réginald Gaillard

DOSSIER

Erri De Luca. L’ange qui se tient à l’écart.

De Trois chevaux à Et Il dit, Erri De Luca a conquis un large public en développant une oeuvre composée de romans, poèmes, et récits « bibliques » qui sont comme des réécritures de l’Écriture. Sa relation au texte sacré ne pouvait laisser indifférente la revue Nunc qui lui consacre ce dossier dont l’enjeu n’est autre que de dresser de lui un portrait, d’affiner par une lecture théologique et analytique le lien entre ses écrits et le texte source qu’est pour lui la Bible, et demontrer aussi comment d’autres écrivains sont intimement travaillés par son oeuvre – entre autres le romancier Jean Mattern, qui est aussi son éditeur chez Gallimard. Henri de Lubac disait de l’athée qu’il est l’aiguillon de la foi. J’aime cette idée que celui qui ne croit pas attise ma foi et même la nourrisse. Certes, cette assertion ne convient pas pour Erri De Luca et ce, à double titre. Tout d’abord parce que, comme il l’a lui-même rappelé, s’il n’est pas croyant, il n’en est pas pour autant athée. Enfin, parce que son oeuvre ne « pique » pas la foi du chrétien, ni ne la repousse dans ses derniers retranchements comme le ferait une oeuvre sans souci de Dieu. En fait, bien au contraire, l’oeuvre d’Erri De Luca nourrit la foi chrétienne et, même, la grandit. Et c’est bien là pour moi une pierre d’achoppement. Comment se peut-il qu’un écrivain entre à ce point en résonance avec ce Dieu que je ne cesse de chercher ? Comment se peut-il qu’il suscite en moi un élan de piété, que ma lecture se fasse prière, quand l’auteur du texte lu serait, lui, non sans Dieu, mais « à côté », en marge, se tenant à disposition ? Il ne suffit pas que cette oeuvre soit pétrie de références bibliques pour provoquer un tel effet. Sa langue recèle autre chose, comme un supplément à l’écriture, supplément qui lui échapperait, qui se glisserait à son insu et participerait de son style.

De Luca écrivain inspiré ? Il n’y souscrirait certainement pas. Reste que ce n’est pas seulement une question de rythme, de traitement des personnages et des situations. Cela a à voir avant tout, avec l’Écriture, qu’il a tant fait sienne pour l’avoir traduite pas à pas, chaque matin, qu’il en a épousé la respiration et l’épure. Cependant, il la tient dans le même temps à distance, créant par là un espace entre, comme l’a mis en évidence É. Montel-Hurlin. Et c’est dans cet espace que se déploie son écriture qui est ré-écriture et retraduction de la bible. Il conviendra peut-être un jour de comparer cette oeuvre à celle de J. Grosjean, mais aussi aux romans d’H. Bauchau et de réécriture des mythes antiques – goût des silences des textes anciens, épure stylistique, etc. Ne pouvait aussi me laisser indifférent l’adéquation parfaite entre l’écriture d’Erri De Luca et sa vie éprouvée dans la simplicité – une fois passé le temps tumultueux de l’engagement politique. Vie de manoeuvre, de là l’attention portée aux gestes de ses personnages, comme l’évoque J.-M. Baude, et plus particulièrement aux gestes de leurs mains qu’il a, lui, calleuses, comme le Christ « fils » de charpentier. Le geste, de même que pour l’anthropologue jésuite M. Jousse, semble toujours précéder le langage – il y aurait là un autre rapprochement à approfondir. La position qu’adopta De Luca après la lutte politique est elle-même une leçon. Il se tient depuis en retrait, retiré comme un anachorète en haute montagne. Et c’est peut-être pour cela « qu’il se dérobe à toute prise » nous dit G. Serrano. Silence, lecture, solitude, écriture, prises solides pour lui face à la paroi de l’écriture faite roche, mais cela qui en fait un écrivain d’une approche difficile – l’entretien en témoigne : les silences tiennent autant de place que la parole. Homme à côté de la foi, De Luca, mais un homme qui accomplit au moins l’une des oeuvres de miséricorde qu’il appartient à tout chrétien d’accomplir : l’accueil de l’étranger. Son recueil Aller simple, le premier à être traduit en français – que commente ici C. Nys-Mazure –, s’en fait l’écho, mais aussi son action au sein d’associations venant en aide aux réfugiés. À la question « L’hospitalité doit-elle avoir une limite ? », il y a fort à parier qu’il répondrait qu’il convient qu’elle soit infinie, cette hospitalité. Assurément, si l’on part du principe que peu importe d’où viennent ces étrangers, et d’où nous sommes. Seule important notre relation au Christ – « Chaque fois que vous avez secouru le plus petit d’entre mes frères, c’est moi-même que vous avez secouru » (Matt. 25, 35-40).

On serait tenté de croire qu’Erri De Luca chemine vers Damas. Il pourrait nous tarder qu’il annonce une conversion pleine et entière, mais son chemin s’apparente à un périphérique, son oeuvre à un commentaire sans fin des écritures. Qu’importe à vrai dire. Sa parole, qui se tient au seuil – de la prière, de la foi –, m’est, comme à beaucoup d’autres, certainement plus précieuse ainsi. À propos des anges, Erri De Luca écrit « On sait que ce sont eux quand ils s’en vont. Ils laissent un don en même temps qu’un manque. » N’en est-il pas un peu ainsi de nous, lecteurs, quand nous achevons un de ses livres : l’ange d’Erri De Luca est passé, nous a laissé un don enmême temps qu’un manque.

Réginald GAILLARD

Dossier consacré à De LUCA Erri

GALERIE

Avec des oeuvres de Marko VELK