Editions de Corlevour
97, rue Henri Barbusse 92110 CLICHY

GOUDJI

Sculpteur

” Né en 1941 sur la rive argentée de la Mer noire en Géorgie, Goudji vit et travaille en France depuis 1974, donc depuis plus de quarante ans. Quarante ans de créations élaborées dans plusieurs directions qui ont assuré la gloire internationale à ce créateur devenu français en 1978 : des œuvres liturgiques, des œuvres de forme, des épées d’académiciens, mais aussi des bijoux. Protéiforme, l’œuvre de Goudji n’en est pas moins singulière par son style et par sa vision qu’on retrouve aussi entière et suggestive en chacune de ses pièces. Singulière par sa technique qui appareille l’orfèvrerie à la sculpture, mais aussi l’art du designer à l’art du lapidaire ; singulière, également, car chaque pièce conçue à la main, donc sans moule, est délibérément impossible à reproduire ou à copier. Ce sont à chaque fois autant d’œuvres uniques façonnées par le maître dans le secret et la solitude de ses ateliers de Montmartre. A observer et contempler les œuvres de Goudji, comment ne pas songer à la lettre de l’écrivain André Suarès au couturier Jacques Doucet en date du 19 juin 1921 ? « Les archéologues ont toujours tort, à moins qu’ils ne nous rendent à un passé si lointain qu’il a la saveur du renouveau : encore n’y sont-ils presque pour rien : l’archéologie déterre ; l’artiste et le poète seuls ressuscitent l’Egypte, la Chaldée, Byzance, Chartres, Ravenne et les Persans. » Et quel artiste, sinon lui, une fois encore, pour mieux incarner les vœux incandescents de Baudelaire et de Rimbaud ? Toute son œuvre semble faire écho au premier qui exaltait cet « œil clair qui connaît les profonds arsenaux / Où dort enseveli le peuple des métaux » et au second qui lançait en l’air : « Si j’ai du goût ce n’est guère / Que pour la terre et les pierres ».
Mais l’essentiel est peut-être encore ailleurs. Goudji, en effet, est l’homme d’une vision qui suppose une pensée que chaque œuvre abrite et déploie : cette pensée de la beauté qui vise la grâce. Quoi qu’il fasse, Goudji est immémorial et prophétique : il tend à l’au-delà de la pesanteur, quelle qu’elle soit ; il exprime le vœu de l’art le plus puissant qui est de nous donner un séjour où respirer, où se réconcilier et où en dépit du malheur vivre une espérance. Cette fonction lui assure sa part la plus classique, mais aussi sa part la plus moderne : car Goudji plaide pour la joie dans la pure lumière, qu’il a su renouveler l’une grâce à l’autre. Des valeurs qui sont au cœur du texte de l’Apocalypse de saint Jean, mais aussi des Travaux et des Jours d’Hésiode qui écrivit au VIIIe siècle avant Jésus-Christ. Dans ce grand poème, il est question des races créées par les dieux de l’Olympe au nombre desquelles on trouve, au plus haut de l’échelle, les hommes d’or et les hommes d’argent, nos prédécesseurs directs. Lucien Jerphagnon disait de Goudji qu’il a su rendre contemporains tous les siècles du passé. A quoi Salah Stétié a ajouté que son œuvre est autant tradition qu’irruption : « passionnante, déconcertante, absolue et pure comme une météorite. »

Stéphane Barsacq

Réginald Gaillard et Goudji au Salon de la Revue