Editions de Corlevour
97, rue Henri Barbusse 92110 CLICHY

Revue NUNC n°39

24,00

Edition standard
Parution juin 2016

Catégorie :

Description

Dossier consacré à GOFFETTE Guy
Avec des oeuvres de ALQUIN Nicolas
Cahier BONHOEFFER Dietrich

SOMMAIRE

LIMINAIRE
Franck Damour Est-ce que le Talmud t’a traversé ?

AXIS MUNDI
Dossier Guy Goffette, dirigé par Yves Leclair
Réginald Gaillard Introduction
Guy Goffette, Yves Leclair & Nunc Les Racines d’une écriture (entretien)
Yves Leclair Les Dessous de la muse
Pascal Commère Un peu de ciel sur le mur
Jean-Pierre Lemaire « Une porte, une porte, ô mon âme »
Richard Rognet Marcher vers l’inconnu
Lionel Ray Quelques notes en vrac sur la « petite musique » de Guy Goffette
Pierrick de Chermont Guy Goffette, les psaumes, la peur en Occident et l’homme invaincu
Blandine Poinsignon Le Jardin de Guy Goffette
Réginald Gaillard Une quête de l’absolu
Guy Goffette Têtes d’épingles (poèmes perdus et retrouvés)

SHEKHINA
Benjamin Guérin Corbeaux et Modillons
Chloé Salvan True Detective, un mélodrame philosophique
Franck Damour Avancer à pied sec au milieu de la mer : la question du salut dans “Treme”
Pierre-Alain Tâche Balade du 25 mars 2012
Jérôme de Gramont Les deux corps de l’humble créature
Gemma Serrano Le corps au défi du silence et de l’oubli chez Aharon Appelfeld
François Debluë Mater Dolorosa

OIKOUMÉNÈ
Cahier Dietrich Bonhoeffer
Franck Damour Introduction
Jean-Daniel Causse Dietrich Bonhoeffer et l’opacité du monde
Arnaud Corbic Que signifie suivre le Christ ?
Marie-Hélène du Parc Locmaria « La grâce qui coûte… »
Jérôme de Gramont Le dernier poème de Dietrich Bonhoeffer
Chun Sue Poèmes (Traduit du chinois par Nicolas Idier)

CAHIER CRITIQUE
Sur Baudouin de Bodinat, Cécile Vibarel, Gabriel Arnou-Laugeac, Jean Vioulac

LIMINAIRE

Franck Damour
Est-ce que le Talmud t’a traversé ?

DOSSIER

Guy Goffette,

ou la blessure ensoleillée du ciel

Les mauvaises langues disent volontiers de l’homme qu’il est démonstratif et intransigeant, exubérant et bavard. A ce tableau peu flatteur s’ajoute une position de pouvoir au sein d’une grande maison d’édition, position qui ne peut qu’attiser les rancœurs des envieux et des jaloux. Voilà qui suffit pour que ceux-là ne le lisent pas – ou plus – ou alors à la va-vite, pour faire illusion, comme souvent dans ce petit milieu florentin qu’est celui de la poésie.

On le dit aussi séducteur – est-ce à ce point un défaut ? Assurément pour les pudibonds qui toujours gardent une pierre au creux de la main… (Il faudra un jour écrire un éloge de la séduction afin de lui rendre ses lettres de noblesse et la ravir définitivement aux mains du Malin.)

Mais peut-être telle flamboyance généreuse dissimule-t-elle quelque blessure intime qu’aucun baume, fût-il littéraire, n’a jamais apaisé. Si ceux qui médisent avaient lu ne serait-ce que Géronimo a mal au dos, ils réviseraient leur jugement à l’emporte pièce. Voilà bien la première raison de se pencher sur ses livres, car derrière la façade baroque d’un homme, il n’est pas rare de découvrir une architecture plus sombre et taiseuse, plus romane en somme.

Né dans un trou de verdure des Ardennes, dans le pays de la Semois, en Belgique, à quelques encablures des terres de Verlaine et Rimbaud, Guy Goffette a répondu poétiquement à l’appel de cette âpre nature qui lui a fait battre dès l’enfance la campagne. Avant de devenir l’éditeur que l’on sait, il aura presque tout fait : d’ouvrier dans le bâtiment, à typographe, et libraire. Puis la campagne s’est élargie ; Goffette est parti voir ailleurs, sur l’ordre insistant de cette « voix blanche » qui l’a poussé à chercher la vraie vie, fût-elle inaccessible. La désirer, prendre la route pour tenter d’y accéder, c’était déjà l’intégrer et la vivre. C’est à la poésie – même à travers la prose – sa poésie ou celle des autres en tant qu’éditeur par la suite, qu’il a consacrée sa vie. C’est peut-être que la vraie vie passe à travers un usage poétique du langage pour mieux atteindre le réel, et sonder le mystère de notre existence.

Malgré une œuvre déjà fournie, composée de poèmes, récits et romans, peu d’études critiques lui ont été consacrées : deux numéros de revue et un essai [1]. Ce dossier que propose la revue NUNC, en abordant l’ensemble des livres de Goffette, jusqu’au dernier recueil paru en juin de cette même année (Petits riens pour jours absolus), vient compléter ces publications. Les contributions en sont pour le moins variées et éclairent sous des jours différents les aspects de l’écriture de Goffette.

Yves Leclair, dans une langue toujours aussi enlevée et savoureuse, évoque Géronimo a mal au dos et montre, entre autres, en quoi ce roman est une réécriture de la parabole du fils prodigue. Pascal Commère, qui dit de notre poète qu’il est plutôt « un gaillard affable, chapeauté large et verbe vif », a décelé chez Goffette ce bleu du poème qui lézarde les murs oppressants. De son côté, Jean-Pierre Lemaire explore le « lyrisme du quotidien » et Pierrick de Chermont, dans un texte libre et généreux, renvoie certains vers de Goffette à ce qu’ils ont de psalmique. Lionel Ray, plus technique, s’attarde sur le jeu des sonorités qui façonnent la petite musique goffettienne. Blandine Poinsignon pénètre au cœur du jardin du poète qui est autant celui de la nature de son enfance, que le jardin édénique de la Genèse. Enfin, Réginald Gaillard a tenté de déceler les traces de cette quête d’absolu qui anime Guy Goffette.

Puissent ces échos, comme autant d’hommages, renouveler et approfondir le regard porté sur la poésie de Goffette qui n’a de cesse d’« interroger les formes du poème en les revisitant » (Pascal Commère).

Puissions-nous, nous qui te guettons au moindre frémissement de la peau comme d’une feuille de printemps, « vivre au présent jusqu’au bout de (t)es yeux [2] », poésie. Non pour toi seule, mais pour « La vie. Rien que la vie. Toute la vie. Une. Libre. Folle. » La vie comme la vérité. Absolue. D’un seul geste.

[1] Littératures n°57, “Guy Goffette autour des Romances sans paroles”, sous la direction de Jean-Pierre Zubiate, P.U. du Mirail, Toulouse, 2008. Revue Initiale : “Guy Goffette ou l’appel des lisières”, sous la direction de Sébastien Le Benoist, 2008. Enfin l’essai d’Yves Leclair, Guy Goffette sans légende, Editions Luce Wilquin, 2012.

[2] Elle, par bonheur et toujours nue, p. 27.

 

Dossier consacré à : GOFFETTE Guy

GALERIE

Avec des oeuvres de Alquin Nicolas